*Courir, courir, encore et toujours courir. Depuis combien de temps je fuis ainsi Je ne sais pas, je ne sais plus. Tout ce dont je me souviens, c'est que je fuis depuis déjà trop de temps. J'en suis arrivée à un point de non-retour, à la constatation que je survis plus que je ne vis, que je suis devenue un corps sans âme, une enveloppe charnelle rongée par la folie.
Et tous les matins, c'est cette même pensée obsédante qui vient me hanter et me réveiller. Et tous les matins, je suis paniquée à l´idée qu'Il me rattrape. Alors je reste chez moi, cachée, tapie comme un animal qui essaie d'échapper aux chiens du chasseur... Je déménage aussi. De six à vingt fois par an. De quoi devenir vraiment dingue et avoir envie de se ****** une balle . Je suis donc seule abandonnée et désespérée .
Mais comment ais-je pu en arriver là ? Je deviens folle, mes amis ne me reconnaîtraient même pas. Et moi, est-ce que je me reconnaîtrais ? Je ne me suis pas regardée dans un miroir depuis bien longtemps. Est-ce que mes cheveux ont toujours leur belle couleur auburn ? Et mes yeux ? Changent-ils encore de couleur selon le temps ? Ais-je grossi, maigri ? Je ne peux également pas le dire. Et pourtant, ce que je suis devenue ne m'importe même pas. Plus rien ne m'importe en fait, sauf Lui.
Où est-Il en ce moment ? Je suis sûre qu'Il va me retrouver. Je le sais, je le sens. La panique commence à m´envahir, la tête me tourne, j'ai envie de vomir, et je me précipite aux toilettes pour rendre le peu de nourriture que j´avais ingéré le matin.
Partir ! Il faut que je parte sinon il va me rattraper. Il ne doit pas. J'en mourrais s'il remettait la main sur moi.
Mes affaires dans un sac, je n´ai besoin de rien, je venais à peine de m´installer, ça faisait tout juste deux semaines. Pourtant je l´aimais bien cette petite maison. mais comme à son habitude, Il m´a pourri ma vie, Il m'oblige encore à fuir et à m'incliner face à Lui. Ca doit être vraiment jouissif de jouer au chat et à la souris avec moi. Mais moi, j'en ai marre de tout ça. Je suis à bout.
Il faut que je fasse quelque chose, mais contre Lui que faire ? J'ai l'impression que tout ce que je tente n´aboutit à rien, comme si ma destinée était tracée et me prédestinait à le rencontrer. Mais qu'ais-je bien pu faire de mal pour qu'il me harcèle comme ça ? Mais comment puis-je dire ça ? Dire qu'avant j'étais une combattante ! Jamais je ne laissais tomber, une vraie tigresse, quand j´avais décidé quelque chose, je l´obtenais, quand je ne voulais pas, je restais campé sur mes opinions, même si parfois je savais que j'avais tord...
Et aujourd'hui à cause de Lui, je suis usée. Usée au point que je n'ai plus envie de rien, sinon celle d'en finir avec tout ça. J'étais jeune, j'étais belle, mais aujourd'hui, par Sa faute, j'ai perdu toute identité, je ne suis rien, juste une ombre qui erre, juste un vieux rêve tout juste bon à s´étioler...
Je sors dans la rue. Bon sang qu'il fait froid ! Normal, on est en pleine hiver, il doit tout juste faire trois degrés et je n'ai pas vraiment la tenue adéquate pour être dehors. Où aller ? Je regarde autours de moi, il n'y a rien, n'y a personne, normal, les gens ne sortent pas par ces temps.
Pas de voiture, pas de taxi. Alors je marche, je cours même. De temps en temps, je me retourne, mais les rues sont toujours aussi désertes. J'ai mal aux pieds, c'était stupide de mettre des talons mais pourtant je continue encore. J'ai tellement peur qu'Il me rattrape. A nouveau la nausée me reprend.
Pendant combien de temps ais-je couru ? Je ne sais pas. Je suis maintenant sortie de la ville et je suis seule au milieu d´un endroit dont j'ignore tout. Mais, peut-être que si je ne le connais pas, Lui non plus n'a peut-être pas connaissance de ce lieu...
Je retire mes chaussures et je marche pieds nus dans la neige. Ils sont en sang, la douleur me fait pleurer, mais je ne peux pas m'arrêter, pas maintenant, pas quand je suis sur le point de le semer.
Je suis maintenant dans un bois. La nuit tombe, et je ne sais toujours pas où aller.
Contrairement à mon habitude, je n'ai rien sur moi, juste mes vêtements et mes chaussures à la main.
J'avais tellement l'impression de le sentir près de moi, encore plus qu'à l'ordinaire que je suis partie précipitamment, sans argent, ni même un bijou d´une quelconque valeur.
Je tremble de froid et de peur. Les larmes coulent sur mes joues sans que je ne puisses les retenir. Je me sens tellement seule.
Il fait maintenant nuit noire et les ombres qui dansent dans la forêt semblent être mes seules amies. Il faut que je stoppe cette course folle. Je ne peux plus avancer, je suis éreintée. Je m'arrête et je m'assieds à même le sol. Il est détrempé et rapidemment ce sont mes vêtements qui absorbent le trop plein d´eau. Mais je m´en moque complètement.
Finalement, épuisée, je m'endors. Je me réveille plusieurs heures après. L'aube vient de se lever. Le ciel a encore ses superbes couleurs orangées et devant ce spectacle magnifique, je ne peux m'empêcher de me remettre à pleurer. J'aimerais tellement pouvoir profiter de ce spectacle chaque jour, sans aucunes peurs, sans aucuns soucis, sans être constamment sur mes gardes... Mais je sais que tôt ou tard, Il reviendra et qu'Il me prendra la vie. Mon ventre hurle famine. Ca fait presque deux jours que je n´ai rien avalé. Je me lève, il faut que je continue. Mais à peine suis-je debout que je ne peux retenir un cri de douleur. Mes pieds n´ont pas supporté la course de la veille et ils se révoltent. Malgré ma volonté, ils refusent de me porter.
Pourtant je ne peux pas rester là. Alors avec un effort presque surhumain, je fais un pas, puis deux et je poursuis mon chemin. Je ne sais pas combien de temps ni combien de kilomètres je parcours. Ca ne doit même pas faire une heure, mais mon corps me donne l´impression que j´ai déjà fais des kilomètres et des kilomètres. J'arrive près d´une ferme. J'ai envie de m'arrêter, mais je ne peux pas et je ne dois pas. Mais, juste une minute... Juste le temps d'avoir quelque chose à manger...
Je passe devant la bâtisse quand tout à coup je trébuche. Un chien aboie, je veux me relever mais je n´ai plus de forces. La tête me tourne et un homme d'une quarantaine d'années se précipite soudain à la rescousse.
Devant mon air misérable, je me doute qu'il doit se demander d'où je sors, pourquoi je suis ici et je le vois hocher la tête. Puis sans mots dire, il me prend dans son bras comme si je n´étais q´un fétu de paille et me porte jusqu´à sa maison.
La fièvre me fait délirer. j'ai froid et chaud, je tremble. Je regarde autours de moi. Va-t-Il me retrouver ici ? L'homme m'allonge sur un lit, m'enveloppe d´une couverture et m'apporte à manger. Je repousse l´assiette et me débats. Je divague. Je murmure des litanies que moi même je ne peux comprendre. Je suis malade, je vais mourir, Il va me rattraper. Le jeu va enfin pouvoir stopper. La douleur se fait de plus en plus insupportable. L' homme s'approche. Il voit bien que je souffre.
-Comment vous appelez-vous ?
-Je ne peux pas le dire...
-Comment vous êtes vous retrouvé ici ?
-Il, Il me poursuit. Il ne faut pas qu´Il me rattrape. Je vous en prie, ne le laissez pas faire...
-Qui ? Qui vous veut du mal ?
Je sens que je vais m'évanouir. Je suis folle, folle à lier et je cherche à fuir quelque chose d´immatériel...
-Qui ?
-Le temps...
_________________________________________________________________________________________Le Temps, cette chose que nul ne peut fuir,
Et que pourtant chacun tente de ralentir...
Certains essaye quand même
De le semer.
Car si on pouvait échapper à ses griffes,
On pourrait peut-être enfin
Réussir à Oublier
Les Blessures du Passé...
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