- Viens...
Et elle s'excite sur la porte. Elle frappe, me demande d'ouvrir. Comme si j'allais lui ouvrir à elle. Et puis quoi encore. Des éléphants à pois rose avec des p'tites ailes aussi, non ?
- Ouvre-moi ! Joue pas à ça...
«Joue pas à ça...» Mais jouer à quoi ? Je ne joue pas, là, justement. Je joue chaque jour. Chaque minute de chaque heure, je joue un rôle qui n'est pas moi, et personne ne le voit. Et quand je laisse tomber mon masque, quand je cesse de jouer le temps de quelques larmes, tout le monde pense que je joue... Mais jouer à quoi, bon dieu de merde ?!
[...]
- Ouvre. S'il te plait.
- Non.
- Y'a quelqu'un pour toi à la porte, sort de là.
- Dis-lui de venir. J'peux pas.
- J'laisse pas rentrer les inconnus.
- C'est moi qui l'ai appelé, ****** !
Ouille, quel langage. En temps normal, elle serait déja en train de me gueuler dessus. D'essayer de prouver sa pseudo-autorité. Mais là, j'entends ses pas qui s'éloignent doucement. Et moi, j'attends. Les yeux fermés, la tête dans les genoux. Je tente de calmer mes larmes, ma respiration, mon coeur, mon envie de me saisir de ces petits éclats... Non. Et les larmes redublent tandis que j'essaye de repousser mon démon intérieur. Quelques coups frappés à la porte. Doucement, si doucement.
- Je rentre, ma puce...
Ta voix, je suis soulagée. J'n'ose pas imaginer la tête qu'elle a dû faire en voyant que tu avais la clé de ma chambre alors qu'elle ne l'avait pas... J'entends la porte s'entrouvrir, tes chaussures grincer sur le parquet. Une main relève mon visage, un autre essuie les traces de larmes intarissables. J'ouvre les yeux et inspire un bon coup pour retenir les larmes avant d'attraper la main que tu me tends. Jamais je ne pleurerais devant elle. Jamais ! Alors, tandis que tu me portes à moitié, mes jambes ne pouvant supporter seules mon poids, je passe devant elle sans lui accorder un regard.
- Où tu vas ? C'est qui, lui ?
Tout cela ne la regarde absolument pas. Qu'elle ne me pose pas de questions si inutiles. Ce qui compte, c'est que je connaisse les réponses à ces questions. Je n'ai pas besoin de les lui donner.
- Rentre pas tard.
Elle renonce. Elle sait qu'elle n'aura pas de réponse et que sa soi-disant autorité ne sera d'aucune efficacité puisqu'il est là. Puisqu'il me protège d'elle. Non, je ne rentrerais pas tard, je ne rentrerais pas du tout.
Seulement une fois à l'abris de tes quatres murs, je craque. Tu me quittes un instant pour passer un coup de fil, je devine sans peine à qui...
- C'est moi. Oui. Oui. On peut pas venir ce soir. Je sais pas. Oui. Je sais pas. Non. J'ai dit non ! Oui. On verra plus tard. Oui. Bye.
... Avant de revenir, de me prendre dans tes bras. Me bercant contre ton torse, caressant mes cheveux et murmurants quelques paroles apaisantes. Et je pleure, pleure. Je ne retiens plus mes sanglots. Je déverse toute ma souffrance sur toi. Et tu reste là, debout, a supporter mes coups et mes pleurs en silence. Tu te contentes de me serrer contre toi, un peu plus fort à chaque nouvel accés de douleur. J'ai comme l'impression qu'en moi, mon coeur mort s'est reveillé et prend un malin plaisir à se déliter. Je tremble, j'ai chaud, j'ai froid, j'ai soif, et surtout j'ai mal. Alors mes yeux commencent lentement à s'assécher, je commence à sombrer. Je me sens soulevée et déposée sur un lit. Je suis épuisée, en nage, et blessée trop profondément pour pouvoir guérrir si vite. Je dors deja.
Je me reveille. Je ferme les yeux pour essayer de retenir les larmes qui montent, montent à nouveau. J'ai dormi longtemps. Je le sais. Et pourtant, tu es encore là. Eveillé, appuyé sur un coude derrière moi, une main glacée posée sur mon front pour me rafraichir. On m'a enlevé mon T-shirt trempé de sueur (au cas où vous ne le sauriez pas, pleurer ça fait suer). Et je repense à la soirée d'hier. Les larmes débordent à nouveau.
